Au Mont-Dore
Le Mont Dore! Quatre années de suite j'ai passé 21 jours, j'ai bien dit 21 jours, pas un de plus, pas un de moins dans une location de vacances d'abord, le Mont Joly, puis à l'hôtel de France au Mont-Dore avec ma mère et sans mon père. Mon père avait juste pour mission de nous amener et puis 21 jours plus tard de venir nous chercher. La première fois c'était en 1957. Mon père avait emprunté la traction 15 de l'oncle Octave. En échange, et avec un plaisir énorme pour moi, nous avions amené le cousin Michel, celui qui est devenu député maire après une carrière exemplaire de vétérinaire. Il était plus grand que moi et il était quelque part mon exemple. L'air de l'Auvergne semblait bien lui avoir convenu. Après une seconde plutot cata en maths il avait eu la volonté de refaire tout le programme tout seul pendant ces instants très longs de cures; cela lui avait permis de repiquer une seconde beaucoup plus sérieuse et de se préparer sans doute l'avenir que l'on lui connaît!
Pour moi l'air était aussi essentiel: nous étions là-bas, ma mère et moi pour guérir un asthme héréditaire. Tous les matins nous revêtions notre uniforme de curistes qui ressemblait à une aube de moine et pendant plus d'une heure nous enchaînions bains, douches, massages et inhalations aux magnifiques thermes romains du Mont-Dore. Nombreux étaient les touristes à nous observer telles des bêtes de zoo. Moi, ça me plaisait bien et j'étais même fier d'être malade.
Après une sieste obligatoire et réparatrice les activités étaient variées et innovantes. C'est dans la Dordogne, un torrent au Mont-Dore, un fleuve en arrivant à Bordeaux que j'ai pris ma première et sans doute dernière truite. C'est au Capucin, un mont que nous atteignions grâce au funiculaire, que j'ai pour la première fois pratiqué les patins à roulettes, c'est dans les sentiers pédestres autour du Mont-Dore que j'ai assisté avec ma mère à une consultation de sorcière: je ne me rappelle absolument pas ce qu'elle avait prédit. C'est dans le parc du Mont- Dore que j'ai pratiqué pour la première fois avec succès le diabolo très à la mode à cette époque, c'est à l'hôtel Excelsior que pour la première fois j'ai joué au flipper. C'est aussi au Mont-Dore que j'ai entendu parlé pour la première fois d'un casino qui par ailleurs avait complétement brûlé pendant qu'on y était. C'est au Puy de Sancy que pour la première fois je suis monté avec peur dans un téléphérique. C'est enfin aussi au Mont-Dore que pour la première fois 25 ans plus tard j'ai fait mes premières glissades à ski.
Je pense qu'un jour j'y retournerai en pélerinage, pêcher, jouer au flipper et au diabolo, jouer au Casino, j'aime ça, faire du ski en empruntant le téléphérique. J'y rencontrerai peut-être avec toujours autant de plaisir mon cousin Michel, il n'y aura pas de traction 15, il n'y aura pas de cure, il n'y aura pas de sorcières mais il y aura certainement beaucoup de nostalgie et de tristesse. C'étaient mes premières vacances avec Maman Yvonne sous la conduite avertie et hésitante surtout sur les routes montagneuses de Papa Alphonse.

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