Le Comice: un monument!
Le quatrième week-end de septembre depuis plus de 150 ans Brûlon rime avec Comice. Grands et Petits, Elus et Citoyens, Agriculteurs et Villageois comicent pendant 2 jours. Comicer veut dire visiter, s'amuser, danser, recevoir, manéger, tirer à la carabine, dépenser, pétarader, musiquer, communiquer, et tout et tout.
Pour moi, jeune enfant brûlonnais j'ai connu le comice très tôt. Je devais avoir trois ou quatre ans. Bien évidemment, mon premier foyer d'intérêt fut les manèges. Je ne me rappelle pas du manège enfantin mais celui qui très tôt m'a énormément intéressé fut l'escargot. C'était, en quelque sorte, l'ancêtre de la chenille. Il était tenu par Madame Hyvon qui, aujourd'hui encore, accompagne sa fille à chaque comice. Dès le lundi précédent l'événement, nous guettions l'arrivée des caravanes. L' annonce de leur présence faisait le tour du centre-bourg à la vitesse grand V et tous les gamins transitaient vers la place de la Mairie. A cette époque le monument aux morts et ses quatre obus était indéplaçable et il fallait installer les manèges autour. L'installation de l'escargot nous occupait tout le jeudi de congé. Le beau-frère Barrier installait parallélement ses bateaux réservés aux plus grands, le nain Cui-Cui construisait avec l'aide de sa Mère naine et de son Père pas bien plus grand sa cabane de tir à la carabine et la famille Merchier, père, mère, fille et gendre montaient les autos skooters. Certains littéraires appellent ça des autos tamponneuses. A cette époque nous parlions déjà le franglais de Brûlon. Pendant 2 jours les porte-monnaie parentaux s'ouvraient grand afin de profiter au maximum de l'escargot magique de passage. En fin d'après-midi, le dimanche, l'annonce du dernier tour de la journée, du comice et de l'année me rendait d'une tristesse extrême qui se transformait bien souvent en pleurnichage. J'étais, paraît-il, très doué pour ça et je me rappelle très bien que, pour moi, banner était une arme incontournable pour obtenir ce que je voulais.
Plus tard je suis devenu un inconditionnel des autos skooters. Je jalousais, comme tous mes copains, le gars Jeannot Duval. Il était parisien, on ne le voyait qu'au comice et pendant deux jours il tournait sans arrêt. Il avait un filon, le parisien: son grand-père Pourriau habitant sur la place fournissait l'électricité aux caravanes et de plus il était adjoint au Maire. Alors le Jeannot il avait un passe permanent. Moi je n'étais pas parisien, j'habitais à 500 m du manège et mon père n'était que conseiller municipal. Il me fallait passer par la caisse départ en amenuisant ma maigre caisse d'épargne. Un lundi soir, pour la soirée des commerçants et des élus, la Lucienne Paris, la droguiste de la rue Charles Bareau amie de mes parents m'avait donné 5 francs, même pas un euro. Je m'étais précipité place de la Mairie. La patronne du manège m'avait remis en échange 20 jetons: je me suis toujours demandé si la caissière ne s'était pas trompée ou si alors elle m'avait reconnu comme un bon client. J avais pu ainsi tourner la soirée entière. Dommage le gars Duval il était reparti à Paris.
Un dimanche soir, alcool aidant, un platrier local avait réussi, avec l'aide de ses frères, à grimper sa 4 CV Renault sur la piste désertée immédiatement par les apprentis conducteurs. Malgré les injonctions de la patronne il avait continué à tourner sans honte ni tamponnage. Je ne sais pas trop comment ça s'est terminé, peut-être au poste de gendarmerie rue du Pavé.
Si le comice était fertile au commerce, aux loisirs et à la dépense il était source d'anecdotes et je pourrais en raconter nombreuses autres. Je les garde pour plus tard...
